mercredi 1 février 2012

Au milieu du Pacifique

31 Janvier 2012 ... après 20 jours de pleine mer, le Corcovado a parcouru la moitié du Pacifique sud. 
Il approche les 50°S, à la recherche des vents portants.
Si les premiers jours ont été favorables en matière de vents, avec des distances parcourues de plus de 170 miles/j, depuis une dizaine de jours, les pointes de vitesse se font plus rares, avec des vents faibles, et plutôt Est ... 
Mais la moyenne reste bonne puisqu'à cette allure, il se pourrait bien que le Gab gagne les paris, avec sa prévision de 40 jours pour la traversée !
Mais il reste encore plus de 2 000 miles à parcourir, et la patience reste de mise !
Nos marins commencent cependant à prendre plaisir à cette vie d'ascète, après une période de déprime profonde ! Faut dire que la météo n'était pas de la partie, avec de la pluie, du vent et du froid qui les obligeaient à se terrer dans les cabines ... sur des lits quelque peu humides, voire carrément mouillés du fait de la belle houle déferlant sur le pont, et arrosant généreusement l'intérieur du bateau par les descentes !
Pour fêter la mi-parcours, ils bénéficient d'une belle journée, et s'organisent une Pizza Party suivie d'un gâteau au chocolat, le tout arrosé d'une bonne bière, les bouteilles de champagne ayant été vidées à Napier, pour les retrouvailles ...

Avec le moral à la hausse, les langues se délient. 
D'abord, ce qu'il leur manque le plus ... poétiquement parlant, une belle lune ... oui celle avec la raie au milieu !! De vrais routiers nos marins !!
Mais laissons la parole au capitaine: "Les jours s'égrainent et ne se ressemblent pas. Certains jours le moral est en bas surtout les premiers jours, et d'autres où tout va bien, où l'on profite de l'environnement surtout lorsqu'il y a du soleil et que la mer nous laisse vivre normalement à bord. Le soir et le matin, le ciel prend des teintes merveilleuses et les développements nuageux sont magnifiques. Ce matin, des filaments nuageux montaient à la verticale dans le ciel, et hier soir on pouvait voir plein sud des développements, comme si c'était au dessus d'une terre lointaine. Avec ce froid, la luminosité est très belle et la mer très bleue. Vraiment, ce sont des moments à vivre et plus on avance, plus on se sent bien et les moments de blues disparaissent.
Pour ma part, je savais à quoi m'en tenir concernant la gestion de mon activité à bord, donc pas de surprise. Ce qui a été le plus difficile, c'était le départ, le fait de couper les liens avec ceux que je laissais derrière moi, et me  dire que je ne les reverrai plus durant une longue période bien que la notion de longue période soit toute relative ... mais dans mon cas, la petite Nina que je laissais dans une période où chaque jour apporte des changements, c'était un peu frustrant.

Autrement, la vie à bord se passe bien, mes équipiers sont très agréables, de bonne compagnie tout en étant indépendants. Les difficultés de communication avec Lance réduisent malheureusement la conversation avec lui à l'essentiel, mais toutefois, grace à son autonomie et son intelligence, ça ne lui crée pas un problème, et du coup, à moi non plus. Ce n'est pas un marin dans l'âme, mais il est suffisamment réfléchi pour donner un bon coup de main à Victor dans les manoeuvres et participer aux autres tâches.
Quant à Victor, je découvre un jeune homme bien dans ses pompes et d'humeur constante. Il est passionné de voile et toujours prêt à sauter sur le pont pour faire ce qu'il y a à faire. Plein de vie, faisant le bon geste au bon moment, prévenant une casse éventuelle, prêt à participer à tout pourvu qu'il puisse apprendre, très attentionné pour les autres, bref, un vrai plaisir de naviguer avec un gars comme ça.

Pour ce qui est de l'arrivée à Puerto Montt, il est clair que ce sera un grand moment dont nous nous réjouissons déjà. On en parle parfois, de la fête que l'on fera, de l'entrecôte salade qu'on va se taper, et pour Victor, des footing derrière les jolies Chiliennes qui n'auront qu'à courir vite !!  Et moi, de l'arrivée de ma petite famille ! Mais il est encore un peu tôt pour penser à tout ça, la route est encore longue."

Pour Victor, voilà ce qu'il en est: 

"Voilà maintenant 20 jours que nous avons quitté la Nouvelle-Zélande. Tout c'est bien passé jusque là, même si quelques "habitudes" ont été plus pénibles à prendre que d'autre.
Pour citer quelques exemples, ne pas pouvoir marcher plus de 12 m d'affilée, ne rien faire pendant plusieurs heures, accepter l'humidité permanente, accepter les autres et leurs habitudes parfois différentes des miennes, bref, une multitude de petites choses qui paraissent si simples vues de l'esprit mais qui peuvent parfois s'avérer plus compliquées à vivre. A chacun de prendre sur soit ! En ce qui me concerne, c'est très clairement les jours 4 et 5 qui auront été les plus pénibles, ils ont été la barrière à franchir pour passer à un ''mode de vie a bord'' . De même, mon corps, suite à un manque d'exercice comparativement à d'habitude, a eu besoin de temps pour s'accoutumer. La température et le vent sont nettement plus froid que ce que j'avais pu imaginer... Avant de partir, je pensais que nous passerions plus de temps dans les manoeuvres et à la barre mais pas du tout: les trajectoire sont tellement longues que barrer le bateau devient d'un ennuyeux et on finit par laisser cette tâche au windpilot qui travaille à merveille.

Je ne me lasse cependant pas du tout de rêver pendant plusieurs heures par jour en regardant l'horizon, et le plaisir de voir le vent accomplir son oeuvre dans les voiles n'est à aucun moment dissipé.
Quand la mer le permet, nous cuisinons et j'en profite pour apprendre de Gabriel quelques bonnes recettes.
En termes de nourriture là aussi mes gouts sur le bateau ont été bousculés: d'habitude grand adepte du Chocolat, j'en suis en quelque sorte écoeuré en navigation. Le pain également n'est absolument plus ma tasse de thé ...
Quand j'imagine l'arrivée, c'est au petit matin, sous un beau soleil de matin, dans un petit port de pêche. Alors là, il ne sera pas question de cuisiner quoi que ce soit une fois à terre !! Ce sera le restaurant direct pour un bon gros steak frite et salade. Le nutella sera également le bienvenu au petit déjeuner et pour finir, un petit Macdo pour remettre le transit en route  !!
En tout cas, à aucun moment jusqu'à présent je n'ai regretté d'avoir embarqué pour ce magnifique voyage !!! Et il est en train de m'aider pour mes décisions futures  ...   Verdict : Ca envoie du gras !!!

Pour les impressions de Lance, c'est du direct, tant pis pour ceux qui ne parlent pas l'anglais, je ne me fendrai pas d'une traduction !

"Reflecting on the first half of our voyage I can now distinguish three separate stages I have personally gone through. The first is what I like to call the "Oh shit, what have I got myself into" stage. In week one I was fully in this stage, nervous every time the wind changed, trying so hard to understand the directions given by Gab and translated by Victor then handed to me that I would inevitably make a stupid mistake and have to either do what I was doing all over again or have Victor do it for me. This stage was filled with such mistakes because instead of thinking for myself I was simply trying to follow the directions exactly… bad idea. The second stage was the "Stay out of the way" stage where I attempted to make my presence known as little as possible. I felt myself inept and just a nuisance so I stuck to the cabin and read, a lot. This stage lasted for about another week. The third stage, the stage I currently find myself in, and hope to stay in, is the "Well this is pretty great, let's take care of business" stage. In this stage I find myself enjoying the bad weather as well as the good and trying to put myself in every situation where I could be a help. I now understand everything we are doing and I like doing it. My relationship with Victor and Gab has gotten better and better, we play the occasional game of chess or poker but mostly we just enjoy conversation. Usually they talk in French but I am fine with that and take pleasure in the camaraderie. I know the second half of the voyage will be difficult, but I am excited to take it on and am glad to be taking it on with these two French bastards."

Quant à nous, les gonzesses, restées à terre, ma foi, nous sommes bien contentes d'être là, et vraiment convaincues d'avoir fait le bon choix ! Faire cette traversée aurait été juste hooooorrrrrriiiiiible ! 
Alors, on joue les pirates sur les bancs de sables et petits îlots qui se découvrent à marée basse, et on assure les chefs cuistos pour nos si agréables hôtes Min et Mike, en hommage à leur générosité, et à leur si bel endroit !













lundi 16 janvier 2012

Faux départ …

Après les au-revoirs sous la pluie de Whangareï, le 30 décembre 2011, nos marins se retrouvent dans une mer bien mouvementée, à peine sortie de la rivière. Le capitaine un peu au creux (il nous couvait une petite angine …) se met à avoir le mal de mer, et rend tripes et boyaux !

Lance et Victor se débrouillent comme ils peuvent et assurent les quarts et manœuvres, avec un fort vent arrière, la pluie qui continue de tomber et la mer de se former. Gab ne se levant que pour rendre suc gastrique, biles et autres sucs pancréatiques (et oui, je suis maîtresse d’école !! alors je connais plein de choses maintenant !!), c’est le silence radio pendant de longs jours … de quoi s’inquiéter quand il était prévu d’avoir des nouvelles matin et soir !

Mais les nouvelles arrivent enfin le 3 janvier au matin (en fait, si on veut vraiment pinailler, c’est plutôt le 01 Janvier ...): ils font route vers Napier, port néozélandais à 700 km au sud de Whangarei, car il y a quelques problèmes à bord : le pilote automatique ne fonctionne pas bien, le régulateur d’allure n’a plus ni safran ni girouette, le premier a été perdu car remonté avec une goupille en moins (merci le mécano qui nous a fait une petite réparation dessus !!) et la girouette, ainsi que celle de remplacement, éjectées, lors d’empannages accidentels (Vent arrière, 30 nœuds, avec des quarts de nuit de 4h pour Lance qui en est à ses premières heures à la barre, c’est raide aussi !).
Bref, les gars ne se voyant pas barrer sur 5 000 miles, il n’y a qu’une solution, faire un petit stop ! Et il s’avère bien mérité et vraiment utile. 
Lance court s’acheter bottes et habits chauds, Gab retrouve sa tribu de gonzesses qui accourt (en voiture) à Napier, et Victor reprendrait bien une petite laine, mais il retrouve rapidement de quoi se réchauffer le cœur à terre … oui, et mieux que du chocolat belge !
Victor en milieu urbain ... Napier City

Coté technique, le pilote automatique fonctionne à merveille, après avoir … fait les niveaux d’huile !
Le régulateur est rééquipé par Victor qui nous façonne de belles pièces en bois, pour le safran et la girouette, avec pièces de rechange et spéciales dédicaces !


Gab en profite pour retendre la chaîne de la barre à roue, qui présente du jeu, et là, surprise, on s’aperçoit qu’il y a de la casse (deux pièces plastiques avec pas de vis, viennent en bout de cable de la timonerie au point de raccord avec la chaine qui actionne la roue, pour le réglage de la tension, un peu comme sur un frein de vélo, au niveau de la poignée, et elles ont cassé), surement suite à notre petit échouage de décembre sur le banc de sable ! Et ce petit jeu aurait dû se transformer rapidement en une perte de contrôle de la barre à roue …
Bref, personne ne regrette cet arrêt à Napier, et les réparations vont bon train, dans une ambiance de coupe du monde d’optimiste !
Comment ça, c'est mieux, des parents
 plus jeunes ???


 











La dure vie de Leila
 ... obligée de se sculpter des copines !


Les 200 optimistes qui rentrent au port ...
48 nations présentes, la France fait grève.
Gab réendraille la grand-voile après réparation
On refait le niveau dans les vivres

On se fait une petite sortie à la journée histoire de vérifier que tout va bien, de constater un trou dans la grand-voile, de réparer ça taf-taf le lendemain, et c’est à nouveau le départ, le 11 janvier 2012, aux environs de 13H, mais cette fois ci sous un soleil radieux et une météo clémente !
On souhaite bon vent à nos marins, Nina maîtrise le Bye-bye, et cette fois ci, on risque bien d’arriver les premières à Puerto Montt, puisque nous serons sur place dans 43 jours … à moins que Gab gagne son pari: faire cette traversée en 40 jours …

Les voiles sont hissées ...




lundi 9 janvier 2012

Whangarei … Whanga RAIN

Après notre retour de l’ïle du Sud, nous reprenons notre petite vie au port de Whangareï, en attendant une place au chantier pour sortir le bateau de l’eau, histoire de le préparer pour la traversée sur le Chili. On fête l’arrivée de Victor, qui arrive une fondue dans le sac et tout excité de faire cette traversée !
les retrouvailles avec Jojo


BBQ au port de Whangarei
Nina au BBQ




Encore une petite bouffe pour le
départ de Nicole et Jamais
Les quiches en mode "au-revoir"











Le captaine après un petit
plouf accidentel 

Victor, Liam et la fondue 




Vamos à la playa !
Fin novembre, nous voilà au chantier, le bateau en lévitation, le pont à 3 m de haut … pour une petite semaine : trois jours pour sabler la coque et remettre les peintures de protection (1 couche de primaire et deux couches de peinture époxy et enfin 2 couches de peinture antifouling).
Mais pour cela, il ne faut pas de pluie, voir un degré d’humidité inférieur à 80%... et c’est trois semaines de pluie qui nous tombent dessus : crachin par-ci, averse par là, douche le matin, bruine le soir …

Cette période de chantier permet à Nina de peaufiner sa technique de marche sur la terre ferme. Leila investit le bureau du chantier, avec ses cahiers, sa flûte et tout son ch’ni artistique !!
Pendant cette période, le choix de l’équipage est arrêté après quelques difficultés, et c'est Lance, un panaméen-américain de 24 ans, qui viendra seconder Gabriel et Victor !


Juste avant l’anniversaire de Nina, le Corcovado est remis à l’eau, après être passé par toutes les couleurs
     


Oubliée donc notre petite escapade à Great Barrier programmée pour après le chantier, on a tout juste le temps de faire un petit tour de 3 jours, jusqu’à Tutukaka, au nord de Whangarei. Victor et Lance nous accompagnent histoire de mieux se connaître et de se familiariser avec le bateau !
On en profite d’ailleurs pour se faire un ou deux beaux bancs de sable dans la rivière … et on remerciera là encore la gentillesse des néozélandais qui nous sortent de cette très mauvaise passe … pas de photo de cet événement, l’esprit paparazzi ne nous habite pas encore merci ! mais on s’en rappellera un moment !

La fine équipe !
Lance à la barre

                
                     Gab à la barre pendant que Leila veille sa petite soeur endormie

  




  













23 décembre 2011 : retour à Whangarei pour préparer Noël et commencer l’avitaillement du bateau. Le 24 au soir, on réveillonne aux coquilles Saint Jacques tout juste pêchées par nos amis Min, Mike et les enfants, et le 25 au matin, les filles sont toutes heureuses de voir que le Père Noël les a trouvées ! De beaux cadeaux sous le signe de la cuisine pour Leila et de la lecture pour petits et grands !








Les filles au réveil ... le PN aurait-il trouvé le Corco et laissé quelque chose (genre le verre de whisky vide et une belle bouse de renne ???)
    

Les jours défilent de plus en plus vite, et après avoir chargé la nourriture pour un régiment (20 kg de pates, 20 kg de riz, 20 kg de patates, 5 palettes de 36 œufs, 4kg de miel, 4 kg de purée de cacahuète, 50 plaquettes de chocolat, 40 boites de tomate, 20 kg d’oignons, 10 kg de carottes, … ) fait le plein d’eau et de gazoil, il est temps de mettre les voiles, même si le temps ne se fait pas des plus cléments ! Ca souffle et ça vente quand nos marins mettent les bouts, le 30 décembre à 12h, et leurs cirés sont déjà mouillés !

Il n’y a plus qu’à attendre les nouvelles, et les paris sont pris : 40 jours pour Gabriel, 46 pour Victor, et 55 jours pour Naima … ce n’est pas du pessimisme, seulement nous avons notre billet d’avion pour Puerto Montt le 22 février, et ce serait si beau de voir arriver le Corco !